POESIE

Je vous présente le multiplicateur quatre
(la nièce attentionnée)


Séraphine, dans sa main,
Tient QUATRE fleurs du jardin

Qu’elle a cueillies à QUATRE pattes,
QUATRE FOIS UN, QUATRE,

Va au marché, choisit des truites,
QUATRE FOIS DEUX, HUIT,

Qu’elle pose dans sa blouse
QUATRE FOIS TROIS, DOUZE,

Achète un panier de fraises,
QUATRE FOIS QUATRE, SEIZE,

Une bouteille de vin,
QUATRE FOIS CINQ, VINGT,

Un cornet de belles dattes,
QUATRE FOIS SIX, VINGT-QUATRE,

Puis une douzaine d’huîtres,
QUATRE FOIS SEPT, VINGT-HUIT,

Puis un ananas juteux,
QUATRE FOIS HUIT, TRENTE-DEUX,

Enfin, des grappes de cassis,
QUATRE FOIS NEUF, TRENTE-SIX

Pour la fête de sa tante,
QUATRE FOIS DIX, QUARANTE.

JEAN TARDIEU
Il était une fois, deux fois, trois fois…

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La Poule aux œufs d'or

 

L'Avarice perd tout en voulant tout gagner.
Je ne veux pour le témoigner,
Que celui dont la Poule, à ce que dit la Fable,
Pondait tous les jours un œuf d'or.


Il crut que dans son corps elle avait un trésor.
Il la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable
A celles dont les œufs ne lui rapportaient rien,
S'étant lui-même ôté le plus beau de son bien.


Belle leçon pour les gens chiches :
Pendant ces derniers temps, combien en a-t-on vus
Qui du soir au matin sont pauvres devenus
Pour vouloir trop tôt être riches ?

 

 

Jean de La Fontaine, Livre V, Fable XIII

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L'heure du crime

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Minuit. Voici l'heure du crime.
Sortant d'une chambre voisine,
Un homme surgit dans le noir.

Il ôte ses souliers,
S'approche de l'armoire
Sur la pointe des pieds
Et saisit un couteau

Dont l'acier luit, bien aiguisé.
Puis, masquant ses yeux de fouine
Avec un pan de son manteau,
Il pénètre dans la cuisine
Et, d'un seul coup, comme un bourreau
Avant que ne crie la victime,
Ouvre le cœur d'un artichaut.


 

Maurice CAREME

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À TIRE D’AILE

 

On le sait, les oiseaux
Aiment les oiselles.
Rien ne s’oppose à ce que les passereaux
Se posent
Sur les passerelles.

De même, les chapeaux coiffent les chapelles
Les ruisseaux, évidemment, ruissellent
Des vaisseaux voguent sur des vaisselles…

Pourquoi ces vers de vermisseau ?
Pourquoi ces vers de vermicelle ?

C’est que les eaux aiment les ailes
C’est que les ailes aiment les eaux.

Jacques POITEVIN                    

La montagne

 

Ils quittent un à un le pays
Pour s'en aller gagner leur vie
Loin de la terre où ils sont nés
Depuis longtemps ils en rêvaient
De la ville et de ses secrets
Du formica et du ciné
Les vieux ça n'était pas original
Quand ils s'essuyaient machinal
D'un revers de manche les lèvres
Mais ils savaient tous à propos
Tuer la caille ou le perdreau
Et manger la tomme de chèvre

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s'imaginer
En voyant un vol d'hirondelles
Que l'automne vient d'arriver ?

Avec leurs mains dessus leurs têtes
Ils avaient monté des murettes
Jusqu'au sommet de la colline
Qu'importent les jours les années
Ils avaient tous l'âme bien née
Noueuse comme un pied de vigne
Les vignes elles courent dans la forêt
Le vin ne sera plus tiré
C'était une horrible piquette
Mais il faisait des centenaires
A ne plus que savoir en faire
S'il ne vous tournait pas la tête

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s'imaginer
En voyant un vol d'hirondelles
Que l'automne vient d'arriver ?

Deux chèvres et puis quelques moutons
Une année bonne et l'autre non
Et sans vacances et sans sorties
Les filles veulent aller au bal
Il n'y a rien de plus normal
Que de vouloir vivre sa vie
Leur vie ils seront flics ou fonctionnaires
De quoi attendre sans s'en faire
Que l'heure de la retraite sonne
Il faut savoir ce que l'on aime
Et rentrer dans son H.L.M.
Manger du poulet aux hormones

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s'imaginer
En voyant un vol d'hirondelles
Que l'automne vient d'arriver ?

                                  Jean Ferrat

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